Publié le 19 mars 2026
L’une des questions les plus fréquemment posées est de savoir pourquoi nous allons de l’avant avec un réseau de trains à grande vitesse plutôt qu’avec un train à grande fréquence (TGF), une option initialement envisagée par le gouvernement fédéral.
Bien que les deux options aient été soigneusement évaluées, la décision s’est appuyée sur une analyse approfondie qui a clairement démontré que seul un réseau de trains à grande vitesse peut répondre aux besoins actuels et futurs de mobilité du corridor Québec–Toronto.
Trois facteurs déterminants
Le TGF offrirait des avantages de mobilité limités par rapport au train à grande vitesse
La contrainte principale du TGF est qu’il ne transforme pas fondamentalement les déplacements dans le corridor. Pour attirer les voyageurs vers le rail plutôt que la voiture ou l’avion, le service ferroviaire doit offrir une amélioration significative des temps de déplacement, du confort et de la connectivité.
Le TGF fonctionnerait à des vitesses allant de 160 à 200 km/h, contre plus de 300 km/h pour le train Alto. Ainsi, Alto réduirait les temps de trajet entre les grandes villes d’environ 50 % par rapport aux trains traditionnels, rapprochant ainsi de nombreuses paires de villes pour des allers-retours en une journée ou des déplacements professionnels le même jour.
Cette différence de performance n’est pas seulement d’ordre technique. C’est elle qui détermine si le rail peut rivaliser efficacement avec les autres modes de transport et remodeler de manière significative les habitudes de déplacement sur l’ensemble du corridor. Si le TGF améliorait le service ferroviaire passagers, cette amélioration serait insuffisante pour susciter le transfert modal à grande échelle, la croissance de l’achalandage et les gains de connectivité nécessaires à la transformation de l’économie canadienne.
Le train à grande vitesse est un meilleur investissement à long terme
Puisque le train à grande vitesse apporte une amélioration majeure de la mobilité, il engendre également des retours économiques nettement supérieurs. Le contraste devient évident lorsqu’on regarde les chiffres. Avec une augmentation d’environ 20 % en matière de coûts en capital, le train à grande vitesse produit cinq fois plus d’impacts économiques.
On pense souvent que la construction d’un train à grande vitesse serait nettement plus coûteuse que celle d’un TGF. Or, les données disponibles suggèrent le contraire. Si le train à grande vitesse nécessite effectivement un investissement initial plus élevé, la différence de coûts en capital est beaucoup plus faible que beaucoup ne le pensent, le coût d’un TGF étant estimé entre 45 et 75 milliards $, contre 60 à 90 milliards $ pour le train à grande vitesse.
Bien que le train à grande vitesse exige un investissement initial environ 20 à 30 % supérieur à celui du TGF, ce coût supplémentaire est largement compensé par les avantages économiques nettement plus importants qu’il génère. À long terme, le train à grande vitesse offre un bien meilleur rapport qualité-prix.
Selon nos prévisions, le réseau de trains à grande vitesse entraînera une hausse permanente du PIB du Canada de 24,5 milliards $ (ou 1,1 %), donnant à l’économie canadienne l’élan dont elle a besoin. À l’inverse, le TGF ne générerait pas une fréquentation suffisante pour entraîner le même degré de transformation économique structurelle, car il n’apporterait qu’une amélioration plus limitée des temps de trajet et de la mobilité. Son impact annuel sur le PIB canadien est estimé à 4,9 milliards $ (0,2 % du PIB). De plus, la construction d’un train à grande vitesse aurait une incidence plus importante sur les économies régionales du corridor, en soutenant 6 000 emplois supplémentaires pendant la construction par rapport au TGF.
Comparaison des coûts et des avantages des options « à grande fréquence » et du train à grande vitesse
Train « à grande fréquence » | Train à grande vitesse | Δ% | |
Vitesse maximale | 200 km/h | 320 km/h | +60% |
Coût en capital (en milliards de dollars de 2024) | 45 à 75 | 60 à 90 | +20% |
Avantages sociaux directs (en milliards de dollars de 2024) | 33,6 | 49,5 | +47% |
Emplois créés dans le secteur de la construction | 44 000 | 50 000 | +14% |
Hausse du PIB (en milliards de dollars de 2019$) | 4,9 | 24,5 | +400% |
La comparaison devient encore plus claire lorsqu’on examine les avantages directs pour la population canadienne. Le train à grande vitesse devrait générer environ 49,5 milliards $ en avantages sociaux directs, contre 33,6 milliards $ pour le TGF. Ces avantages représentent des gains tangibles pour la population canadienne, notamment des économies de temps de déplacement, la baisse des coûts de transport, la réduction des embouteillages, l’amélioration de la sécurité routière et des retombées environnementales.
Le TGF nécessiterait également d’importantes nouvelles infrastructures
Une autre perception courante est que le TGF pourrait être mis en œuvre avec un impact minimal sur les zones développées et les terres agricoles. En fait, à l’instar du train à grande vitesse, le TGF demanderait la mise en place d’une infrastructure ferroviaire substantielle, entraînant une empreinte marquée sur le corridor pour des bénéfices bien moindres.
Le réseau ferroviaire canadien actuel est partagé entre les services de voyageurs et de fret, dont les exigences opérationnelles divergentes entraînent des retards et limitent la fiabilité des trains de passagers. Le réseau de TGF ne pourrait tout simplement pas fonctionner sur le réseau actuel et offrir le niveau de service attendu d’un système ferroviaire interurbain moderne, même avec des objectifs modérés par rapport au train à grande vitesse. Pour atteindre les temps de trajet et les fréquences de service proposé, le TGF nécessiterait également la construction de tronçons importants de nouvelles infrastructures dédiées. Le TGF nécessiterait donc un développement important des infrastructures dans les zones urbaines comme dans les zones rurales.
La question n’est donc pas de savoir si le TGF aurait un impact, mais si ses avantages le justifieraient. D’après notre analyse, ce ne serait pas le cas.
Le train à grande vitesse combinera fréquence et rendement
Alors pourquoi le train à grande vitesse plutôt que le train à grande fréquence? La réponse réside dans le choix de l’option qui offre les plus grands bénéfices à long terme et le meilleur retour sur investissement pour les Canadiens. Bien que les deux options exigent d’importantes nouvelles infrastructures, le train à grande vitesse offre de plus grands avantages sur le plan de la mobilité et de plus grandes retombées économiques pour la population canadienne.
Il ne s’agit pas de choisir entre la fréquence et la vitesse. Avec le train à grande vitesse d’Alto, la population canadienne peut bénéficier des deux.
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